La Pâques des Roses. 4/4 (fin)

A la Mémoire du Peintre Léon A. LAFONT

 En la vase de Daum où leur tête se penche,
 Le Chrysanthème blanc avec la Rose blanche
 Au rayon de soleil sourient, prêts à mourir...
— -C’est un jour de décembre, un jour qui va finir,
 Et sur ton souvenir et sur les fleurs se pose
 Le reflet du ciel gris au loin teinté de rose...

 O Poète ! Mon frère doux, mon pauvre ami...
 O Peintre ! -Que ce ciel, où ton regard eût pris
 La vision d’un soir divin ineffaçable,
 Mette dans ces feuillets parsemés sur ma table
 Un peu de la Beauté que la mort t’a ravie !

 Puissé-je en eux- ainsi qu’un chaton d’une bague-
 Ton image, claire émeraude, avoir serti...

 Mais je suis fou : vouloir enclore en un poème
 Ton souvenir, et prés de ton souvenir même
 Le paysage cher où ce souvenir vit ?
 Vouloir que dans ces vers, évoquant un pays,
 Tout doucement, mon pauvre ami, je te ramène...

 Est-ce possible ?...
— Et la lueur du Chrysanthème
 Ne mourra-t-elle, en un instant, au ciel terni ?...

 ...Or , ce n’est pas point ici que je te vois sourire,
 Et- si ton rêve alla parfois aux bords du Tarn-
 C’est à Saint-Cloud, sous les frondaisons du grand parc ;
 A Versailles, que d’un printemps je t’entend dire :
 « Ami, vois la Beauté que peut, du cœur des choses
 Ignorantes de ce qu ‘elles portent de beau,
 Faire jaillir l’artiste au pur et fier cerveau :
 Le sculpteur de marbre et le jardinier des Roses...
 Ami, regarde et songe à ce qu’est la nature
 En la main de celui qui l’aime et la comprend :
 Saint-Cloud, le parc sauvage aux arbres forts et grands ;
 Versailles, où la caresse encor flotte et dure,
 Malgré la barbarie de son égratignure
 Qui va, brisant les fleurs, ainsi qu’un coup de vent ... « 
— Ainsi tu me parlais, cette après-midi douce
 Où tous les deux, assis sur un banc vert de mousse,
 A Trianon, nous écoutions longtemps glisser
 Des robes d’autrefois à travers le gravier,
 Tandis qu’aux arbres vieux naissaient des jeunes pousses...

 O Paix ! O grâce ! O Bonté de l’heure ineffable !...
 O miroir d’une Epoque où seul est aboli
 Le rictus douloureux d’un visage pâli,
— Les Larmes aussitôt épanchées dans le sable-
 Et qui reflète un soir de roses et d’azur !...
 O Beauté ! Tout est clair, tout est doux, tout est pur :
 C’est une symphonie adorable et légère,
 Perruques de marquis et « Paniers » de bergères,
 C’est le soir où Watteau sentit son génie mûr :
 C’est un Embarquement, à jamais, pour Cythère !...

 Et voilà !...Je ne dirai point encor d’autres paroles ;
 Où cette heure finit, se termine, mon rôle :
 Le soleil s’est couché, ce soir là, sur le parc ;
 Ton visage a perdu sa lueur, et, tout sombre,
 Ta main froide ayant pris ma main, tu dis : C’est l’Ombre,
 Partons, la beauté dort maintenant, il est tard...

 Lorsque ma main sera trop faible pour l’écrire,
 Souvenez-vous de ce qu’aujourd’hui je vous dis :
 Ne gravez pas sur mon tombeau « Tounys-Lerys »,
 Mais une seule rose aux cordes d’une lyre...


TOUNYS-LERYS

 

 Journal des Roses, février 1911

Le Soir Défunt.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site