La Pâques des Roses 3/4

La Mère à l’Enfant
 ... Viens prés de moi, tout prés de moi, plus prés encore,
 O cher petit enfant brillant comme l’aurore,
 Lendemain de ce soir que moi-même Je suis...

 Cesse tes jeux un seul instant, viens et souris,
 Sans comprendre pourquoi je veux te voire sourire,
 Tourne vers moi tes yeux qui ne savent pas lire
 Et ne t’ont pas laissé voir encore la Douleur...
 Ouvre tes yeux tout grands ; ouvre moi tout ton cœur
 Eclos en ce matin, comme une fleur limpide,
 Où nulle abeille d’or aux caresses avides
 N’a pu plonger encor son dard froid et moqueur...
 Sois heureux : Cette fleur et toi vous êtes jeunes
 Et vous resplendissez tous deux sous le soleil ;
 Moi je suis le rosier, toi la rose : et - pareils-
 Lui, sur la rose étend l’ombrage de ses feuilles,
 Et moi, j’étends sur toi l’ombre de mes cheveux...
 Hélas ! un jour viendra, un jour lointain sans doute,
 Où tu me quitteras pour prendre une autre route ;
 Où la fleur détachée de l’arbre, en une main
 Que l’arbre ignorera toujours, sur un chemin
 Nouveau, vers d’autres lieux suivra sa destinée...
 Je sais : Je serai lasse et âme brisée ;
 Et, tandis que - riant à la vie qui t’appelle-
 Tu fonderas encore une maison nouvelle,
 Je pleurerai sur ma maison abandonnée...
 Je sais... Mais je suis folle en pensant à ces choses
 Parce que dans ton cœur l’amour s’éveillera...
 Oh ! jalousie de Mère, et que seul comprendra
 Le cœur qui, tel le mien, entièrement se donne
 Au tout petit Enfant où renaît et frisonne
 La vie de notre corps qui lentement ;...

 Cet Enfant, notre rêve admirable et certain,
 Graine qu’un coup de vent dépose un beau matin
 Afin que, de la tige où les roses se meurent,
 Le parfum éternel de la Rose demeure
 En la nouvelle fleur qui s’ouvrira demain...

 
Tourny-Lery

 

 

Journal des roses

novembre 1910

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×