La Pâques des Roses 2/4

VII
 Un lit de feuilles...des baisers...
 Un soir...firent pour me griser
 De telles choses

 Que j’emporterai jusqu’au matin
 Le rêve ardent d’un beau jardin,
 Parfum de roses...

 Et que que respire toujours
 Sur mes lèvres, parfum d’amour
 Une âme éclose...

X
 Tu m’as dit : "Ce matin, je t’aime et suis heureux" ;
 Et, dans l’instant où tu disais ces mots, j’ai vu,
 Ainsi qu’en un miroir, au creux de tes bras nus,
 Une abeille envolée d’une rose mousseuse...

 Il est, ô mon amie, une raison qui mêle
 Notre bonheur et notre amour à cette abeille...

XI
 Mon coeur est un joyau que tes mains se disputent
 Et que tu laisses choir quand tu l’as caressé,
 Comme je laisse choir cette rose effeuillée
 Que ma lèvre en jouant ceuillit à ta ceinture...

.................................................................

 Amie, dis-moi pourqoui, comme une plante frêle,
 S’incline, sous le vent léger de tes cheveux,
 Mon âme de vingt ans, amoureuse et nouvelle ?
 Dis-moi aussi pourquoi, comme une pâle rose
 Qui mourrait sans parfum dans ta chambre bien close.
 Mon amour se meurt-il dans le fond de tes yeux ?...

XII
 Voici des vers : Encore un fugitif poème...
 Des mots aprés des mots, toujours des mots, pourqoui ?
 Pour dire que je pleure ou que je ris, les mêmes
 Mots...Que je suis heureux ou que je souffre : "je t’aime"
 Ces mêmes mots, en ce poèmes, écrits pour Toi !

 Oh ! la banalité de ces mots ! tant de choses
 Sont en moi, et je n’ai pour les dire qu’eux seuls ?...
 c’est l’heure où se sont clos les calices des roses ;
 Leur parfum évadé passe sur notre seuil,
 La chambre s’est emplie de sa présence, _et seul,
 Je ceuille leur parfum qui sur mes mains se pose...

...................................................................

 ...Ta pensée entre en moi avec l’odeur des roses,
 Et, sur le souvenir frêle et doux de ces fleurs,
 Fragile ainsi que fut notre amour, ô ma soeur,
 Je clos les yeux...et porte à mes yeux mes mains closes...

II
 Je pense à vous, petite amie, et jevous aime...
 Longuement, lentement, dans la fin de ce jour,
 Alors que l’ombre douce et propice à l’amour
 Confond dans le lointain les arbres et la plaine,
 Seul, le front dans les mains, je pense et je vous aime...

 Le soir, autour de moi, se pose sur les choses :
 Sur les pauvres fauteuils donr le velour est roux,
 Sur la table où, parmi des souvenirs de vous,
 Une lettre d’amour fait tâche rose,
 Sur mes bras qui voudraient étreindre votre cou,
 Sur ma lèvre attentive à ses baisers trés doux,
 Et jusque dans mes yeux, qui lentement se closent,
 Le soir, le calme soir, plein de rêves, se pose,...

— C’est l’heure où nous aimons à rester sans parler,
 Les bras unis, le front tout proche, où nos pensées
 Reviennent de trés loin pour s’enfermer en nous,
 L’heure où le livre reste ouvert aux mêmes pages,
 L’heure où ma main s’endort, amie, sur tes genoux
 Et où mes yeux, qui ne voient plus ton visage
 Qu’un profil adouci, mes yeux larges d’espoir
 Cherchent à deviner l’amour en tes yeux noirs,_

 Ce soir, mon âme est calme et mes rêves sont doux,
 Je pense à toi, ô mon amie aux désirs fous,
 A ton geste boudeur qui demande des roses
 Pour effeuiller, tout en songeant à d’autres choses,
 La fleur enamourée dont le parfum se meurt...
 Je pense à tout ce qui fera battre ton coeur,
 A des rires d’enfant et à des pleurs de femme,
 A des baisers, la nuit, alors qu’un peu de flamme
 Du grand feu qui s’éteint vient lécher nos rideaux
 Et que sur notre lèvre à peine quelques mots
 Font un murmure doux, trés doux et monotone...
 Je pense au bel instant où ta bouche se donne,
 Et je voudrais, ce soir, les yeux brillants d’amour
 Sentir sur mon bras nu ton front de cheveux lourd
 Et poser sur ton sein, qui prés de moi frissonne,
 Cette caresse lente et pour ton désir bonne
 Qui te fera m’aimer jusqu’à l’heure du jour...

Tounys Lerys

 

 

journal des roses

septembre 1910

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site