Cri de pitié

A un rouge-gorge

 "Et moi dans la saison prochaine,
 Je reviendrai dans ces vallons
 Dormir quelquefois sous un chêne
 aux bruit de vos douces chansons
 Berquin"

 Toi qui viens sautiller prés de moi, vif et leste,
 Rouge-gorge à la fois craintif et familier,
 Toi qui, dans les beaux jours, te plais à gazouiller
 Dés avant qu’un rayon perce l’azur céleste ;

 Ton sort me fait pitié maintenant. Rien ne reste
 De l’empire que, seul, tu savais égayer ;
 Et cet empire, éclos au souffle printanier,
 C’était mon jardinet, domaine au site agreste.

 Plus d’abris : le désert sombre et les rameaux nus,
 Et les frimas glacés pour longtemps revenus ;
 Plus d’insectes ni grains, plus de fleurs qu’on béquète ;

 Plus de Roses non plus, hélas ! mortes aussi ;
 Mais la nature en deuil redeviendra coquette,
 Et tu lui chanteras à plein gosier : merci !

 
 A. Lebrun

 

 

 Journal des Roses mars 1902
 A. Lebrun de la Société régionale d’Horticulture du Nord de la France

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